Paroles d’experts

La crise sanitaire, accélérateur du digital : quelles leçons pour l’avenir ?

Il y a 18 mois, qui aurait imaginé la formation professionnelle en 100 % distanciel ? Et pourtant nous l’avons fait. Aujourd’hui qui imaginerait la formation professionnelle en 100 % présentiel ?

Dans le cadre d’une enquête de IFE[1] (Institut Français de l’Education) entre mai et juin 2020, la période de confinement a été pour certains enseignants « une opportunité pour transformer les pratiques pédagogiques et acquérir de nouvelles compétences (16% des répondants présentent comme principale satisfaction du confinement l’amélioration de leurs compétences numériques et 9% évoquent la mise en place de projets pédagogiques innovants (challenge photos, journal de classe numérique, livre audio, etc)[2] ». Au sein même du CNEAP, de nombreux établissements se sont lancés dans des projets novateurs[3]: création d’une chaine Youtube pour enseigner l’EPS ou la cuisine, mise en place d’un jeu sur Instagram à destination des élèves mais également des personnels du lycée, portes ouvertes en ligne, les exemples ne manquent pas.

Et pourtant, de nombreux défis restent à relever : malgré des innovations pédagogiques remarquables, de nombreux enseignements ont été mis à distance dans l’urgence, se traduisant le plus souvent « par la transposition des cours traditionnels en visioconférence ».[4] Les situations d’apprentissage collaboratif développées pendant le confinement ont été en proie à de nombreux freins[5] (de la part des apprenants comme des enseignants) alors qu’elles venaient pourtant répondre au besoin d’accompagnement affectif[6], primordial dans le cadre de dispositifs hybrides. Ne pas se voir en présentiel ne doit pas être synonyme de ne pas échanger, ne pas communiquer, ne pas s’entraider, ne pas se soutenir, ne pas réfléchir et construire ensemble. Les moyens technologiques (forums, classes virtuelles, outils collaboratifs) facilitent le développement de nouvelles compétences de formés, à condition de maîtriser ces outils.  Relevons enfin que « la piètre qualité de l’équipement informatique et l’insuffisance des compétences numériques sont des difficultés souvent mentionnées par les enseignants, qu’il s’agisse de leur propre situation ou de celle de leurs élèves et des familles.[7]»

Quelle place pour le digital ?

Aujourd’hui, dans le monde de l’enseignement, un retour au présentiel est espéré, attendu même, autant par les enseignants que par les élèves. Mais les outils numériques ne sont pas circonscrits à la formation à distance. Ils peuvent être utilisés dans le cadre d’un enseignement hybride (en classe inversée par exemple), voire dans le cadre d’un enseignement 100 % présentiel.

 

En ce qui concerne la formation professionnelle et continue, la réalité des métiers auxquels forment l’IFEAP nous poussent à croire que demain celle-ci sera hybridée, alliant temps en présentiel et temps en distanciel synchrone (classe virtuelle) et en distanciel asynchrone (plateforme d’apprentissage). Cette modalité, qui déroutait certains il y a encore 18 mois, fait aujourd’hui partie de notre quotidien de formateurs et de formés. Elle renforce l’accessibilité des formations pour les professionnels, permettant de mieux conjuguer vie professionnelle, personnelle et parcours de formation. En ce qui concerne la formation professionnelle et continue, la question du distanciel n’est donc plus celle de sa place mais celle de son efficacité.

 

De nouveaux questionnements 

Comment tirer profit de cette montée en compétences numériques développée ces 18 derniers mois et apprendre de nos expérimentations ? Interrogeons-nous pour un usage réfléchi du numérique :

  • Quel sont les freins aux apprentissages que l’on espère lever en mobilisant les outils numériques ?
  • Quel outil choisir face aux besoins diagnostiqués (développer l’engagement des apprenants, le travail collaboratif, la pédagogie différenciée, l’acquisition des gestes professionnels, …) ?
  • Qu’en est-il de la qualité des échanges au sein d’un groupe en formation ? Peut-on penser socio-constructivisme, apprentissage entre pairs, si on ne se voit pas ?
  • Quand et comment intégrer le numérique à la progression et à la séance pédagogique ?
  • Comment ne pas succomber à l’effet « whaou », à l’effet « gadget » des nouveaux outils numériques pour éviter de noyer les élèves (comme les enseignants) parmi leur multitude ?
  • Quels sont les équipements à disposition de l’enseignant, de la classe, des élèves ?
  • Comment ne pas renforcer les inégalités en introduisant le numérique dans son enseignement ?
  • Enfin, quel accompagnement global pour les familles, les élèves, les enseignants et les établissements face à l’introduction de nouvelles modalités scolaires en temps et en espace ?

 

L’usage du numérique ne s’improvise pas

Ces questions sont au cœur de nos échanges et plus que jamais au cœur du projet de l’IFEAP. L’évolution des modalités et supports pédagogiques intégrant le numérique est une préoccupation de l’IFEAP qui s’est engagé depuis 10 ans dans une réflexion et des actions concrètes. En effet la place des outils numériques dans les pratiques éducatives, d’apprentissage, et aujourd’hui de management, ne fait plus débat. Mais quelle place ? Une place réfléchie, mesurée, structurée. L’usage du numérique ne s’improvise pas. Le travail de conception pédagogique intégrant des outils numériques nécessite des compétences spécifiques. « Concevoir des situations d’apprentissage instrumentées par le numérique relève à la fois de l’ingénierie des dispositifs (ou de formation), de l’ingénierie pédagogique, de l’ingénierie des Environnements Informatiques pour l’Apprentissage Humain (EIAH), des didactiques des disciplines, de la didactique professionnelle… »[1] Les besoins des enseignants ne sont pas ceux du personnel de vie scolaire ou du Chef d’Etablissement.

C’est pourquoi, face à la tentation d’un numérique « fourre-tout », nous proposons un numérique polyforme. Cette approche différenciée est le point central du projet de l’IFEAP et répond à un quadruple enjeu :

  • Maintenir une relation pédagogique engagée dans le cadre d’un enseignement à distance
  • Former les acteurs du secteur de l’enseignement à l’usage des outils numériques dans leurs missions quotidiennes (enseigner, former, manager, piloter des projets)
  • Intégrer, dans notre offre de formation, des produits hybridés
  • Accompagner les établissements dans la mise en place d’un projet numérique global, intégrant les différents acteurs de la communauté éducative

 

[1] http://ife.ens-lyon.fr/ife/recherche/groupes-de-travail/documentation-confinement-et-enseignement/synthese-enseignants#:~:text=Les%20enseignants%20ont%20d%C3%BB%20adapter,pour%2013%25%20des%20r%C3%A9pondants

[2] http://ife.ens-lyon.fr/ife/recherche/groupes-de-travail/documentation-confinement-et-enseignement/synthese-enseignants#:~:text=Les%20enseignants%20ont%20d%C3%BB%20adapter,pour%2013%25%20des%20r%C3%A9pondants

[3] https://cneap365.sharepoint.com/sites/continuite_pedagogique/SitePages/les_partages.aspx

[4] https://www.fffod.org/s-informer/article/il-est-urgent-de-developper-la-recherche-sur-les-nouvelles-situations-d

[5] https://www.fffod.org/s-informer/article/il-est-urgent-de-developper-la-recherche-sur-les-nouvelles-situations-d

[6] « L’engagement affectif survient quand l’étudiant ressent des émotions positives envers ses pairs, manifeste de l’intérêt pour le cours et aime apprendre. » https://eduq.info/xmlui/bitstream/handle/11515/38136/parent-deschenes-34-4-21.pdf?sequence=2&isAllowed=y

[7] http://ife.ens-lyon.fr/ife/recherche/groupes-de-travail/documentation-confinement-et-enseignement/synthese-enseignants#:~:text=Les%20enseignants%20ont%20d%C3%BB%20adapter,pour%2013%25%20des%20r%C3%A9pondants

[8] https://www.fffod.org/s-informer/article/il-est-urgent-de-developper-la-recherche-sur-les-nouvelles-situations-d